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Un vrai sorcier du logis

Source non-précisée - Florian ETCHEVERRY

Fait surprenant parmi les repre­neurs, rien ne prédestinait Serge Darribère à reprendre l'entreprise de construction familiale à Bouillon (près d'Arzacq); selon ses propres termes, « il ne se voyait pas en chef d'entreprise ». Diplômé en encadre­ment chantier du lycée technique de Bayonne, il va faire un apprentissage en charpenterie, avant de monter à Paris pour faire ses armes en tant que maçonneur-coffreur. Durant son séjour parisien, il fera également des petits boulots dans le secteur du démarchage. Des expérien­ces qu'il ne regrette aucunement: « Tout ce que j'ai fait, cela a été un apport dans le métier que j'exerce. » Un licenciement inopportun d'une société de maçonnerie l'a convaincu de revenir à la case départ. Le 1er avril 1997, il devient ainsi patron de Darribère Sarl Dès le départ, il fait passer l'entreprise à l'ère informatique. Mais le « lifting » va plus loin : il se spécialise dans la rénovation à l'ancienne, un cré­neau peu utilisé alors, et qui reste tou­jours fragile aujourd'hui. À première vue, ce qu'il définit lui-même comme un « pari » va, peu à peu, se transformer en credo.

Du bois, de la chaux... et des idées

Sa petite équipe de 4 salariés redonne ainsi vie, chaque année, à tout ou partie d'antiques maisons. Un choix de nécessi­té qui rentre dans

FAIRE DU NEUF AVEC DU VIEUX, VOILA UNE DISCIPLINE LARGEMENT REPANDUE. SERGE DRRRIBERE, LUI, EST L'UN DES DERNIERS ARTISANS DU DEPARTEMENT A EN FAIRE SA SPECIALITE. A partir de vieilles poutres de bois ou de chaux, il redonne à de vieilles bâtisses leur majesté d'antan.

la philosophie d'entre­prise de Serge Darribère : « Aujourd'hui un patron comme moi doit aimer beau­coup son métier, mais doit aussi être conscient de ce que cela engendre. Il faut être disponible, vendeur, avoir cinquante mille qualités... mais, on ne les a pas. C'est pourquoi il faut s'entourer de gens compétents. Tout le monde est à sa place chez nous, ce qui est très important. » La discipline demande une éthique de tra­vail infaillible, car au final, chez Darribère, « c'est le rendu qui compte, pas le rendement ».

Un amour de l'artisanat qu'on retrouve dans le choix des matériaux : du bois de récupération, nettoyé et remis à neuf avec du sable, et de la chaux pour refai­re les murs anciens. À ce titre, l'entrepôt « historique » fleure bon la sciure, même s'il ne sert plus au travail, « Pour des rai­sons de normes, on ne peut plus s'en ser­vir comme lieu de travail », explique t-il « Mais je m'en sers toujours comme dépôt pour le bois et l'outillage. » Une chose est sûre, vous n'y trouverez pas de matières surexploitées, comme le béton. Pour le chef d'entreprise, celles-ci « ne présen­tent que des inconvénients pour les

anciennes bâtisses. Ce sont des matières qui ont fait leurs preuves. L'essentiel, c'est de remettre en valeur la rénovation, le travail d'autrefois. »

En plus de son travail, Serge Darribère fait aussi du conseil pour estimer la valeur des travaux de rénovation, y com­pris partiels comme les façades. Il a éga­lement acquis ce qu'il appelle des « chantiers-tampon », où les ouvriers peuvent venir parfaire leur technique. À l'avenir, il veut expérimenter avec de nouveaux matériaux, comme le chanvre, et débloquer un peu de temps libre pour ses ouvriers. Il considère que la rénova­tion à l'ancienne a encore de beaux jours devant elle, avec une vingtaine de chan­tiers à l'année: « Elle est perçue comme beaucoup moins ringarde qu'il y a quelques années. Tout passe par un tra­vail d'information, notamment auprès des architectes. » Nul doute que ce fervent supporter de la Section Paloise a les arguments pour placer son entreprise au-dessus de la mêlée.

Florian Etcheverry